Le Blanc Bleu Belge en question

Depuis plusieurs années, la tendance se confirme : le Belge consomme moins de viande, et moins de bœuf en particulier. Entre 2005 et 2014, donc en 8 ans, la consommation a diminué de 22% pour le bœuf, de 6% pour le porc, et 16% pour le poulet.

Et, plus fâcheux pour la majorité des éleveurs, le Blanc Bleu Belge, la race belge connue de tous, est de plus en plus boudée.
Les ménages belges lui préfèrent aujourd’hui des viandes de races originellement étrangères, désormais aussi  élevées en Belgique, certes plus chères mais plus goûteuses comme les Charolais, Blanche d’Aquitaine, Rouge des Flandres, Simmental, Salers ou autre Limousine.

Le Blanc Bleu Belge (BBB) ou plus exactement Herd-Book Blanc Bleu Belge se présente sous une robe blanche, pie bleu ou pie noire. Il est très massif, de type « culard », lié à un gène mh-mh, qui exprime une malformation où l’arrière-train de la race est surdéveloppé.

Depuis le début du 20e siècle, Le BBB est devenu, au fil des croisements, une véritable race viandeuse dont les atouts majeurs sont : le développement extraordinaire de la musculature, la sécheresse et la tendreté de la viande très faiblement persillée, le format, la docilité, l’uniformité et le fait de produire plus de mâles que de femelles.
Mais sa plus grande qualité, c’est que sa carcasse donne un rendement exceptionnel à l'abattage (70 % et au-delà) et un pourcentage de morceaux nobles des plus élevés.

Il s’agit donc là d'une race viandeuse par excellence qui représente aujourd’hui près de 80% du bétail belge destiné à la production de viande.
Elle est l’ami absolu des grandes surfaces. Pour Delhaize, par exemple, elle représente encore 80 à 90 % du volume total de viande bovine qu’ils vendent.

Mais que lui reproche-t-on donc ?

Le texte qui suit essaie de relever tous les arguments qui pourraient faire éloigner le consommateur du Blanc Bleu Belge, cela par une approche la plus objective possible et certainement pas injurieuse vis à vis de nombreux producteurs qui exercent encore leur métier de manière passionnée.

Nous allons donc traiter ce sujet sur plusieurs points de vue :

Point de vue animal

De par son squelette très fin pour sa masse musculaire, le Blanc Bleu belge est un animal assez fragile qui présente plus souvent que d’autres races non culardes des problèmes de fracture des membres.
La longévité de l’animal est, du coup, très moyenne, mais cela n’est pas fort préoccupant pour l’éleveur puisque taurillons ou vaches sont abattus entre 20 et 24 mois, quelquefois même 17, dans les filières les plus hautement productrices.

L’animal montre aussi quelques faiblesses de défense immunitaire. Si les pathologies néonatales rencontrées il y a 10-15 ans sont aujourd’hui en fortes régressions, on rencontre aujourd’hui nettement plus de galle chez le blanc bleu que pour d’autres races et cela, à un niveau tel que l’animal en souffre et nécessite, dans des cas ultimes, un abattage.

Les performances d’élevage sont aussi faibles, avec des retards de maturité sexuelle, voir une infertilité prématurée. On est de plus en plus souvent obligé de faire appel à des inséminations classiques ou même d’implanter des embryons dans des vaches d’autres races.

Mais le problème le plus important, c’est que du fait de l’importance de sa masse musculaire et du poids de son veau, il est pratiquement impossible à la vache de vêler naturellement et donc, la césarienne est devenue systématique, et ce au rythme de 3 césariennes en moyenne sur la courte existence de l’animal.

Il est un fait que le blanc bleu supporte les césariennes de façon remarquable et les éleveurs n’auront de cesse de proclamer, pour amadouer la ménagère, que la césarienne est au contraire respectueuse de l’animal parce qu’elle lui empêche de procréer dans d’atroces souffrances, il n’en reste pas moins, que rapidement, il n’y a plus de place pour faire une nouvelle césarienne et que la succession de ces opérations voit apparaître adhérences et syndromes hémorragiques qui compliquent l’opération. Rapidement, les vaches n’ont donc plus guère d'intérêt pour leur propriétaire et sont en général envoyée à l'équarrissage.
Un autre point à souligner, c’est l’usage incontournable d’antibiotiques pour accompagner une césarienne. Même si cet usage n’entoure que le vêlage, il est un fait que cette pratique est intimement liée à la naissance par chirurgie et qu’il n’en est jamais fait appel pour un vêlage naturel.
La systématisation de la césarienne semble aussi perturbant au niveau de la physiologie de l’animal qui voit sa sécrétion d’hormones naturelles très diminuée et qui de fait, facteur génétique aidant, très vite, ne produit plus de lait. Cette hypolactation oblige l’appel systématique au lait en poudre pour nourrir le veau.

Point de vue humain

Le problème majeur, pour la qualité de vie de l’éleveur, sont précisément ces césariennes à répétition. A moins de contrôler la température et de procéder à une opération préventive de jour, le rythme de ces opérations en nocturne rend la vie de l’éleveur très difficile, la vache étant incapable de mettre bas par elle-même. De même la raréfaction de vétérinaires acceptant de travailler en rural sur de gros animaux complique le problème.
Selon une étude locale, ces césariennes représentent jusqu’à 400 000 interventions par an, rien qu’en Belgique.

Point de vue économique

C’est peut-être dans ce domaine que le Blanc Bleu montre aujourd’hui ses plus grands signes de faiblesse.

Si les animaux ont la capacité de grandir durant les premiers mois en pâturages avec un léger supplément alimentaire, très vite l’animal est rattrapé par ses énormes besoins en aliments spécifique, raffinés, hyperconcentrés en céréales et il est retiré de la prairie.
Le blanc bleu, lors de la phase d’engraissement-finition, évolue en animal de plus en plus monogastrique, facteur aggravé par une nette diminution de capacité digestive. Il a dès lors une incapacité à pouvoir se suffire de fourrage grossier et nécessite l’achat en masse d’aliments extérieurs à l’exploitation.
A ces coûts, viennent évidemment s’ajouter ceux du vétérinaire, incontournable pour les césariennes, qui, dans une exploitation de moyenne à forte taille, sont pratiquement journalières.

Il y a dix-quinze ans, le rendement du BBB était suffisant pour parer ces coûts et permettre une grande rentabilité.
Mais sous la pression de la grande distribution, les prix de vente à l’abattage n’ont jamais augmenté, au contraire, alors que les coûts de production se sont vus monter presque logarithmiquement.
Et cela ne peut s’arranger par une émergence éventuelle de mise en place de trajets courts parce que l’agro-industriel boucher a la mainmise sur la production, avec un Renmans qui s’arroge 90 % du secteur avant de la redistribuer vers la grande distribution.

Bref, malgré le fait que le BBB avait raflé la presque totalité des aides nationales et européennes pour le secteur bovin viandeux, la plupart des exploitants déclarent aujourd’hui un bilan annuel négatif.

Point de vue du Bio

Le label bio prône la rusticité des races et un des critères les plus contraignants à ce niveau est de ne pas dépasser 10 % de césariennes. Les lobbyings d’éleveurs ont bien tenté de faire pression sur le politique pour changer ce critère, mais ils n’ont fort heureusement pas eu gain de cause, à ce jour.
Toutefois, cette notion de césarienne limitée est loin d’être le seul critère qui fait que le BBB Bio n’existe tout simplement pas.
Comme on l’a vu plus haut, les bêtes sont beaucoup trop nutri-dépendantes pour se limiter à rester de classiques ruminants en pâturages et l’alimentation spécifique et enrichie dont elles ont besoin est à l’opposé de l’idéal pour recevoir un agrément bio, d’autant que la présence de concentrés en soja nord et sud-américain dans cette alimentation fait qu’il est statistiquement impossible d’éviter leur contact avec des OGM.
Enfin, l’usage d’antibiotiques lors des césariennes complique encore la possibilité d’entrevoir cet agrément.

Point de vue de la saveur

S’il est vrai que la viande de BBB a la réputation d’être tendre et diététique car pauvre en lipides mais riche en acides gras polyinsaturés, la faible teneur en lipides intramusculaires (persillage) se révèle être un désavantage en terme de flaveur, car ce sont précisément ces graisses qui, à la cuisson, donnent du goût à la viande.
Bref, le BBB est fade et nécessite soit des marinades, soit diverses sauces pour goûter quelque chose, surtout si on la compare aux viande anglo-saxonnes, françaises ou ibériques.

Tout le monde sait que la viande comme aliment central, tôt ou tard, ne sera plus une réponse à nos besoins alimentaires et ce n’est finalement qu’utopie de s’acharner sur ce BBB pour répondre, par une course effrénée, à un objectif perdu d’avance. Car, si on ne diminue pas nos besoins en viande, au train où la fracture sociale empire, les éleveurs devront bientôt protéger leurs élevages, l’arme à la main.
Alors, puisqu’il faut changer, autant dès maintenant diminuer sa consommation de viande, et préférer à un fréquent pavé insipide peu onéreux, une viande moins fréquente, certes plus chère, mais plus serrée et surtout plus goûteuse.

Point de vue éthique

Côté éthique, on pourrait revenir sur les conditions de l’élevage par rapport à une bête permanente en prairie, on pourrait s’irriter des césariennes ou encore on pourrait pointer du doigt le fait que le bio y est impossible de fait.
Ces critères seuls font d’ailleurs que les races de type culard sont proscrites dans les pays nordiques.

Une autre question que pose l’Union Belge des Vétérinaires reste aussi sans réponse éthique : est-ce qu'une sélection poussée vers un développement musculaire toujours plus important, parfois au détriment d'autres critères tels la taille ou les aplombs, ne risque pas de favoriser l'émergence de ce type de mutation?

En fait, le pire n’est pas là. Le BBB est avant tout un des exemples les plus frappants des travers de l'élevage moderne, uniquement motivé par un souci de profit économique.

Depuis trente ans, nous observons en effet, avec bonhomie, l’explosion de la consommation de viande qui s’accompagne d’une surproduction de CO2 et d’un arrachage massif de forêts juste pour nourrir ces porteurs de protéines animales… particulièrement en Amérique du Sud.
Et malgré tous les scandales qui ont émaillé l’agriculture intensive, seule la chasse au prix le plus bas continue à guider les marchés alimentaires.
Ce prix-roi a remplacé la qualité et, en permanence, le système tire le niveau de plus en plus vers le bas.
La standardisation qui accompagne cette politique débile, s’attaquant de front à son pire ennemi, la biodiversité, même nos paysages en sont aujourd’hui altérés… l’image de la « vache dans le pré » se limite désormais aux races laitières sur des cartes postales, alors qu’aux foires agricoles, on continue de s’esbaudir devant les formes de super héros blanc bleu belge de compétition.

Conclusion

Ce que défend Slow Food, c’est le respect de la vie animale, de la biodiversité ainsi que d’une alimentation qualitative, proche et en circuits courts.
Ceci est aussi de plus en plus le souci d’une frange grandissante de la population.
Et cette mobilisation citoyenne croissante a ses référents, ses héros, comme André Grevisse, cet agriculteur liberterre d’Abay qui a abandonné le BBB et son alimentation importée au profit de l’Angus nourri exclusivement par ses parcelles en bio ou encore Hughes Fallys avec son Charolais à Lessines et le médiatisé Hendrik Dierendonck avec le Rouge des Flandres à Sint-Idesbald qui tous deux ont aussi choisi l’autre voie, celle du goût !
Un modèle économique, quoiqu’en fulminent les lobbies agro-industriels, qui a réellement son avenir et son éthique.

Notre détermination de militant commence par le choix de NOS aliments dans NOS assiettes…

Achetez, c’est voter !