Aurélie Labarge, l’abeille qui dit oui

Par Patrick Böttcher, administrateur        

Pour cette nouvelle « Brussels Story », nous avons rencontré pour vous, Aurélie Labarge, responsable de la « Ruche qui dit Oui » à Forest (Bruxelles), occasion pour nous de faire ou refaire découvrir l’attachant monde des « Ruches » sur ce site web.

D’origine bourguignonne, Aurélie est une militante des circuits courts et des produits alimentaires durables, et depuis qu’elle a rejoint Bruxelles, il y a 14 ans, elle y a ramené l’esprit des traditions agricoles proche de son enfance en Charolais, là où ses grands-parents étaient exploitants laitiers.

De par l’habitude qu’elle avait d’aller chercher ses produits chez le producteur ou encore de livrer les produits familiaux en direct, elle va rapidement, au contact de notre capitale, tenter de sortir au maximum de la consommation en supermarchés.
Rapidement, elle émet le vœu de recréer en ville quelque chose d’impliqué dans le camp du fermier et suite à une idée germée en 2010, elle réalise un premier projet de coopérative entre producteurs et consommateurs nait en 2012 ; mais ce projet avorte rapidement parce que beaucoup trop exigeant en termes d’énergie intellectuelle et physique.
Ce n’est que partie remise puisqu’en septembre 2013, Aurélie devient la « Responsable » de la première « Ruche » en Belgique, celle de Forest, une des plus actives à ce jour dans notre pays.

Si la structure de la Ruche lui permet de gérer celle-ci seule, son objectif est tout de même de pouvoir un jour engager quelqu’un, ce qui est chose faite en janvier 2016.
En effet, sa coopérative ayant été retenue par la région bruxelloise (via Innoviris) pour mener un projet de recherche avec l'ULB et d'autres partenaires tels que le réseau des Gasap, Färm et Delhaize bio, Aurélie peut désormais mener à bien ce projet sur 3 ans et ainsi créer son premier emploi en la personne de Claire qui la seconde désormais.

Mais la bouillonnante abeille ne s’arrête pas à sa ruche, elle mène aussi la gestion de « Poids Gourmand », une épicerie complémentaire à son activité primaire qui propose des produits certes plus éloignés en termes de région de production, mais tous bios et garants de la notion « juste ».

Aurélie lancera enfin cette année un four à pain public dans le parc Duden, four qui aura pour but de créer un tissu populaire autour d’un produit qualitatif tout en réunissant, autour de cette activité, les populations très différentes du haut et du bas de Forest.

Ce que nous retiendrons particulièrement de cette entrevue, c’est qu’Aurélie Labarge est avant tout une personne heureuse et fière du boulot accompli, et qui n’en n’est certainement pas à son dernier coup de pied dans la fourmilière pour soutenir l’agriculture locale, véritable maître-mots de la philosophie de « La Ruche qui dit oui »!

Mais au fait, c’est quoi, une « Ruche » ?

La « Ruche qui dit oui » est une SAS qui propose à des membres adhérents (les familles), tous issus d’une région ou commune déterminée, les produits de producteurs proches qui répondent à une notion qualitative et de de proximité.
Ceux-ci doivent en effet se trouver à moins de 250 kilomètres de la Ruche où ils livrent, mais pratiquement, la distance moyenne que parcourent ces producteurs pour livrer les Ruches est de 45km.
Ces mêmes producteurs fixent leurs prix librement et la Ruche n’agit pas comme un intermédiaire mais comme un prestataire de service.
Avec sa centralisation en France et ses bureaux satellites dans plusieurs villes, la Ruche-Mère (ou Ruche Mama) s’occupe des flux financiers et fournit au responsable de Ruche, les logiciels et outils de commercialisation, de facturation, d’animation, ce qui permet au responsable local de se décharger d’un travail difficile et handicapant pour son activité de gestion.

En respect avec sa charte, les bénéfices des achats des membres se veulent :

  • Rémunérer justement les producteurs et leur permettent de vivre de leur activité.

  • Soutenir l’agriculture fermière et l’artisanat local

  • Créer les outils pour donner aux citoyens les moyens de produire, distribuer et consommer de façon plus juste et plus durable.

  • Recréer un tissu social autour de l’alimentation

  • Donner accès à une alimentation locale de qualité au plus grand nombre

  • Accompagner la transition écologique en relocalisant les productions

  • Favoriser les échanges d'idées et de savoirs autour du monde agricole et de l'alimentation

Pratiquement, le but est d’y acheter et d’y manger juste, sans pression sur les prix fixés par le producteur, cela afin d’éviter de repartir vers l’hérésie de la Grande Distribution.

L’infographie ci-dessous décrit le système de répartition des fonds :

Côté qualité des produits, en dehors de la proximité, l’esprit bio est de rigueur sans pour autant que la certification y soit un sésame. Le bon sens prône avant tout et le point de force des Ruches reste le maraîcher et les laitages.

Fondée par des parisiens, il y a 4 ans et demi, en France près de Toulouse, la « Ruche qui dit oui » est devenue un réseau très développé.
Rien qu’en Belgique, ce réseau compte aujourd’hui 40 Ruches (dont 6 à Bruxelles) qui collaborent avec 120 producteurs.
Une Ruche comme celle de Forest compte 40 producteurs et environ 200 familles dont 120 viennent à pied des rues environnantes et tout cela, rien qu’en 2 heures par semaine mais avec un chiffre d’affaire très honorable.
Chaque ruche a son identité propre et ses points forts, comme, par exemple, à Jette, une vision très campagnarde ou à Forest, une forte volonté de mixité ou encore une autonomie alimentaire exigée pour les producteurs de viande.
Certaines sont liées à une coopérative (La ViVrière dans le cas d'Aurélie), d'autres sont simplement indépendantes.
Pour renforcer le tissu humain qui s’y crée, des activités connexes à la vente sont organisées, comme, dans le cas de Forest, un atelier par mois, une sortie trimestrielle e, surtout, une fête annuelle où on cuisine ensemble avec les producteurs et leurs produits.

Et comment ça marche ?

Pour commander dans une Ruche, il faut anticiper ses achats.
Pratiquement, chaque campagne de commande hebdomadaire se termine le lundi avec une livraison en fin de journée le jeudi, livraison où les membres sont en contact direct avec les producteurs qui se déplacent pour l’occasion.
Les commandes se font en ligne sur le site internet dédié et le paiement se fait par cartes bancaires et autres systèmes on-line à la fin de la commande.
Chaque semaine, les produits proposés sont mis à jour par les producteurs et cela, en collaboration avec le responsable de ruche.

En conclusion…

La Ruche qui dit oui et une structure coopérative très dynamique qui respecte étroitement les idéaux de Slow Food, particulièrement en termes d’aliments proches, durables et justes.
Elle a aussi pour but de resserrer autour de l’alimentation un tissu humain citoyen.
Bref… un must à visiter pour tout SlowFoodien convaincu avec, pour ceux qui ont la chance d’habiter près de Forest, l’occasion de rencontrer la bouillonnante et sympathique Aurélie Labarge.

Pour en savoir plus :

Site web de la Ruche qui dit Oui : https://laruchequiditoui.fr/fr
Site web de la ruche de Forest : https://laruchequiditoui.fr/fr/assemblies/2367
Charte du réseau : https://laruchequiditoui.fr/fr/p/network-convention
Valeurs et missions : https://laruchequiditoui.fr/fr/p/missions-and-values
Site web de Poids Gourmand : www.poids-gourmand.be .