La santé par le ventre ?

par Tom Smeets, Président de Slow Food Metropolitan Brussels         

Nous sommes tous les jours bombardés de conseils nutritionnels, de produits de régime, de fiches-cuisine, de livres sur l’alimentation et de magazines diététiques vulgarisant ou scientifiques qui nous donnent chacun leur formule miracle pour manger sainement.
A tel point qu’à travers les arbres, on ne peut plus voir la forêt.
Il subsiste toutefois une approche intéressante qui ne fait pas trop la une : comment notre corps réagit vraiment à la nourriture qu’on lui donne, comment nous sentons-nous grâce à notre ventre.

Dans le New York Times est paru récemment un article parlant des avancées de la recherche recherche sur l’influence qu’a notre flore intestinale sur notre santé, autrement dit, comment notre bas-ventre régit tant de fonctions essentielles du haut de notre corps.
Cet article met en évidence les travaux de Mark Lyte, un professeur de la Texas University qui a voué sa carrière à la recherche vétérinaire.
Lors de ses travaux, ce scientifique a réimplanté la flore microbienne de l’intestin d’un animal dans celui d’un autre et a démontré que cela modifiait de manière notable le comportement du second animal.
Il a ainsi pu démontrer que les milliards de microorganismes présents dans nos tripes et dans nos selles sécrétaient des composants neurochimiques capables d’atteindre notre cerveau et d’y réguler ou d’y modifier notre comportement et notre humeur.
Marc Lyte affirme ainsi que si le stress a une influence reconnue sur l’équilibre bactérien de nos intestins, il en est de même en sens inverse.
D’autres études menées par le Cork College en Irlande ainsi que par La MacMaster University au Canada montrent aussi que la manière dont nous nous comportons a un lien intime avec les microorganismes que nous portons, allant jusqu’à associer intimement notre organisme à cette flore microbiotique interne (environ, 2,5 kg de bactéries par personne), faisant de nous finalement quelque chose plus proche d’une colonie microbienne que de l’homme dans l’image globale que nous avons l’habitude de lui attribuer.
Toutefois, force est de constater que ce terrain est encore relativement peu investigué et que les mécanismes de fonctionnement de notre flore intestinale sont encore fort peu maitrisés.

D’autres chercheurs dont les travaux sont apparentés à ceux de Marc Lyte ont démontré que la flore intestinale, en plus de produire les vitamines essentielles, utilisaient et secrétaient les mêmes neurotransmetteurs chimiques que ceux utilisés par notre cerveau pour sa régulation, des composants comme la sérotonine ou l’acide gamma-aminobutirique (GABA).
Dans la même optique, Lyte rappelle que c’est au niveau de nos intestin que la dopamine est synthétisée, ce neurotransmetteur bien connu dans son implication dans la schizophrénie, la maladie de Parkinson, le déficit d’attention et d’autres pathologie neuronales.
Toujours dans la même thématique, sur la Première Radio, un professeur de l’ULB s’est récemment exprimé sur les liens entre la dépression et l’activité microbienne au niveau de l’estomac et des intestins, activité dont les effets seraient plus importants que l’activité cérébrale seule sur cette pathologie.

De par la continuation et l’avancement de la recherche sur ces propriétés, Lyte et les nombreux autres chercheurs dans les disciplines apparentées espèrent à terme proposer des solutions pour mieux comprendre le fonctionnement du cerveau et même résoudre des problèmes tels que les différents types de folie, tout cela grâce aux microbes.

Si l’on savait depuis longtemps que la qualité de notre flore microbienne était fortement liée au bon fonctionnement de notre physiologie, il apparaît donc tout aussi vrai que notre équilibre physiologique, autrement dit le bon fonctionnement de notre corps, est intimement lié à cette flore microbienne et que nous avons intérêt à tout faire pour la garder intacte.
Et pour cela, la seule manière d’y arriver est de porter une attention particulière à ce que nous ingérons via notre alimentation.

Mais alors que notre connaissance sur notre nécessité de vivre en bon terme avec cette flore microbienne ne cesse d’évoluer, et même s’il reste encore beaucoup à démontrer, nous assistons chaque jour un peu plus à une fuite en avant où le maître-mot est l’aseptisation de notre environnement et de nos aliments, les récentes tentatives de voir disparaitre le lait cru et ses fromages dérivés n’étant qu’un des tristes témoignages de notre volonté d’éradiquer systématiquement toutes les bactéries par l’usage de pesticides, de détergents et autres produits désinfectants.

Nous sommes bien sûr conscients de l’importance de la qualité alimentaire pour notre développement, allant régulièrement jusqu’à affirmer « tu es ce que tu manges » ; mais avons-nous vraiment conscience que cette qualité alimentaire conditionne l’épanouissement et le bon fonctionnement des plus petites entités de vie présentes dans nos organismes ?

A vrai dire, rien ne nous amène à vraiment le penser quand on voit ce qui peuple les rayons de nos supermarchés, des night-shops ou des chaines de fast-food.
Nous cuisinons de moins en moins et nous abandonnons de plus en plus cette tâche à des gens dont les tenues ressemblent bien plus à des laborantins en bactériologie qu’à des chefs. Nous nous nourrissons de plus en plus d’une nourriture stérile, morte, que nous aimons à avoir juste à réchauffer au four micro-ondes, vite, pour gagner du temps et pour l’ingérer tout aussi rapidement.

Le goût et la qualité nutritive ? Voilà bien des notions désuètes pour la grande distribution où seule compte la rentabilité, et cela au mépris de toute biodiversité qualitative dans l’offre alimentaire, diversité que pourtant la nature a développé pendant des millénaires afin de conserver son équilibre grâce à un fantastique mécanisme d’autorégulation.
Dans cette stratégie du BIG FOOD, les vitamines, les graisses essentielles et les bonnes bactéries ont pratiquement disparu de notre alimentation, l’obésité et le diabète sont pandémiques.
On nous parle de la présence de perturbateurs endocriniens dans les emballages, on nous alerte sur la croissance du syndrome de perte d’attention, on extermine les producteurs de lait cru, on nous sélectionne les végétaux pour les rendre plus résistants afin de favoriser leur traitement industriel plutôt qu’augmenter leur qualités intrinsèques et leur goût, on voit la matière vivante de nos sols s’épuiser, et nous, comme des moutons, nous acceptons l’empoisonnement de notre environnement de vie.

Et si les bactéries sont capables de faire de nous des gens sains, heureux et positifs, ont-elles la capacité de le faire dans un environnement bourré d’additifs, contre lesquels, en si peu d’années d’évolution, elles n’ont pas pu s’adapter ?
L’instinct, le bon sens, notre bas-ventre, tous nous disent que nous ne pouvons espérer cela d’elles si nous n’empêchons pas ces milliers de substances chimiques et leur résidus de peupler notre corps, si nous ne nous opposons pas à ces amplificateurs de goût et d’arômes, ces colorants et ces millions de tonnes de fongicides et pesticides qui envahissent les terres cultivables du monde entier.
Prenons l’exemple des vaches en élevage industriel : en tant que ruminants, leur appareil digestif n’est pas physiologiquement préparé pour recevoir des cocktails journaliers et massifs de soja et de maïs (souvent OGM, de plus). A cause de ce régime, lentement mais surement leur organisme se modifie, devient monogastrique et l’animal supporte encore moins bien le stress de sa vie semblable à celle d’un prisonnier en cellule confinée. Dès lors, il s’affaiblit et sa viande se dégrade.
Tout comme ces vaches qui ne sont pas prêtes à pouvoir digérer ce bol alimentaire surenrichi, notre système digestif n’a pas la capacité de gérer ces milliers de substances toxiques, particulièrement si notre flore gastrique et intestinale est affaiblie ou en déséquilibre.
Certes, comme pour ces vaches, ça nous tue pas, en tous cas, pas rapidement, mais à long terme, nous souffrons de plus en plus de toutes ces nouvelles maladies de notre civilisation comme le diabète ou l’obésité qui a terme sont morbides.

Tout comme une vache doit mâcher de l'herbe, nous avons besoin d’une vraie nourriture !

Dans Slow Food Metropolitan Brussels, nous voulons œuvrer à briser notre dépendance à cette alimentation modifiée. Nous refusons de manger plus longtemps encore et servilement ce que les multinationales veulent nous servir.
Nous ne sommes pas des scientifiques, notre organisme n’est, ni une usine de traitements de déchets, ni un laboratoire. Nous voulons une nourriture bonne et saine et nous exigeons de savoir ce que nous et nos enfants ingérons.
Et cela ne se limite pas à scanner notre assiette, cela nécessite de notre part un apprentissage profond qui doit nous amener à rencontrer les gens qui sèment nos légumes, ceux qui élèvent nos cochons et qui le font dans le plus grand respect pour la vie, ainsi que pour celle de leurs clients.
Notre BON SENS nous dit d’abandonner la nourriture stérilisée pour celle qui vient d’une terre vivante, une nourriture qui est réputée pour son goût originel, qui est issue d’un savoir traditionnel séculaire, qui provient de fermes familiales, de maraichers bio ou encore d’artisans boulangers, bref de gens qui ont fait de la notion de nourrir son prochain, un art !

Notre mission est simple : coopérer à la renaissance d'une économie d'alimentaire à dimension humaine qui redonne aux consommateurs le pouvoir sur son assiette, qui fait de ces consommateurs les acteurs-même du changement.

Pour cela, cet automne, Slow Food Metropolitan Brussels sera présent sur tous les plans pour nous libérer des chaines de l’industrie agro-alimentaire :

  • sur Bruxelles Champêtre

  • au salon Vini Birre Ribelli dont nous sommes devenus le principal soutien

  • par les films que nous allons projeter

  • dans les jardins potagers collectifs ou nous nous promènerons et où nous installerons notre stand

  • lors de notre balade à vélo ou en trekking à travers le Pajottenland pour découvrir le bon grenier qui entoure Bruxelles

  • dans la construction de nouvelles chaines courtes entre les producteurs et nous.

Nous voulons faire de vous des chercheurs, des explorateurs d’une nourriture saine et vivante…

Nous accompagnerez-vous ?