Le lait de la « Ferme des Mille Vaches » est en Belgique !

Préambule

Alors que nous sommes encore sous le choc de la pression exercée par l’AFSCA sur le dernier producteur fermier de fromage de Herve au lait cru, un autre scandale, révélé par la RTBF, vient secouer nos sensibilités de consommateurs de produits sains et authentiques : la Belgique a ouvert ses portes au lait de la honte, le lait de la « Ferme des Mille Vaches » débarque en Belgique, pays qui lui-même ne sais que faire de son propre lait.
Et là, les autorités compétentes, faute de moyens ou de volonté, semblent bien vouloir fermer les yeux !

Retour sur cette nouvelle affaire…

Historique

Le projet de la ferme des mille vaches est lancé en 2009 par Michel Ramery, un entrepreneur de 64 ans qui, après avoir créé dans les années septante une entreprise de matériel agricole, règne aujourd'hui sur le secteur laitier dans le Nord-Pas-de-Calais.
Son groupe, dont il est propriétaire à 100 %, emploie 3 715 salariés.

De 2009 à 2013, l’entrepreneur, par le biais de sa société civile d'exploitation agricole, a l’idée de s’associer avec cinq gros producteurs laitiers afin de gérer une structure commune dans une étable géante, ultra moderne et technologique, qu’il souhaite installer à Drucat, près d'Abbeville dans la Somme.
L'élevage hors sol et intensif devrait compter 1 750 bovins : mille vaches laitières et 750 veaux et génisses, alors que les troupeaux les plus importants de France dépassent très rarement 350 têtes.
Michel Ramery prévoit aussi d’y associer le plus gros méthaniseur d’Europe, une installation capable de produire de l'électricité à partir du fumier et du lisier des bêtes. L'appareil, aussi appelé digesteur, se nourrit d'un cocktail d'herbe, de résidus de céréales, de lisier et de fumier, et libère du méthane. Le gaz combustible alimente ensuite un générateur d'électricité.
Bref, une espèce de milieu totalement clos.

Le projet de cette ferme géante est rendu possible du fait de la suppression des quotas laitiers, une réforme de la politique agricole commune, qui a pour objectif de faire disparaitre en 2015 ces quotas instaurés pour limiter et stabiliser la production de lait.

Malgré le fait qu’une enquête d'utilité publique conclut à une forte opposition des habitants et qu’un un climat hautement passionnel voit le jour, l’administration rend un avis favorable, estimant que les installations pourront fonctionner sans préjudice pour l'environnement.
Divers permis de bâtir suivent ensuite sans rencontrer d’opposition des autorités compétentes.
Finalement, en février 2013, un arrêté préfectoral de la Picardie autorise la société civile de Michel Ramery à exploiter cet élevage mais, toutefois, avec un quota de bêtes plus restreint que prévu, soit de 500 vaches laitières (800 bovins au total).

L'exploitation de la ferme est entamée en septembre 2014.

Contestation

Dès 2011, la contestation s’est organisée autour de cette exploitation sans jamais diminuer d’intensité avec comme points majeurs :

  • La création par Henri Gauret, maire de Drucat (900 habitants) de l'association Novissen (Nos villages se soucient de leur environnement) en novembre 2011

  • En 2012, l'association organise une première manifestation contre le projet de la ferme, réunissant entre 600 et 700 personnes à Abbeville, dont Europe Ecologie-Les Verts, la Confédération Paysanne, la Coordination Rurale, l'association de Brigitte Bardot et l'ONG de défense de la condition animale L214.

  • Des membres de la Confédération Paysanne s'introduisent sur le chantier à deux reprises, en septembre 2013 et en mai 2014. Lors de la première intervention, une vingtaine de personnes immobilisent les engins tandis qu'au cours de la seconde, une cinquantaine d'agriculteurs démontent une partie des installations.
    La ferme des Mille Vaches dénonce des dégâts qui dépassent les 100 000 euros. Fin octobre 2014, neuf militants de la Confédération paysanne seront condamnés par le tribunal correctionnel d'Amiens, avec comme peine la plus lourde, cinq mois de prison avec sursis et 300 euros d'amende pour dégradation et recel.

  • En septembre 2014, le ministre de l'agriculture, Stéphane Le Foll tempête qu'il n'a jamais soutenu ceprojet, contraire, selon lui, à la vision portée par la nouvelle loi d'avenir de l'agriculture.

  • Le 28 octobre 2014, jour du procès en question, près de 4 000 manifestants viennent de toute la France dans la Somme pour soutenir les prévenus et protester contre « l'agriculture industrielle ». La Confédération paysanne a fait appel du jugement le 3 novembre.

Finalement, la pression populaire exercée par les citoyens, le politique et la presse ont raison fin de l’hiver 2014-2015 de la distribution du lait de cette exploitation. Par peur de voir leur image salie, les distributeurs de lait ferment en effet un à un leurs portes aux « Mille Vaches », et, faute de pouvoir vendre en France, Michel Ramery se tourne vers un nouvel Eldorado  pour son « lait de la honte », la Belgique, qui, faute de législation et grâce à des distributeurs sans scrupules, lui ouvre grand ses portes.

Ceci est d'autant plus déplorable que seul l'appât du gain vis à vis d'un lait à moindre prix justifie l'attitude de ces distributeurs belges, notre pays produisant 20% d'exès de lait et exportant massivement.

Problématique industrielle…

Mais que reproche-t-on donc à la Ferme des mille Vaches ?

Tout simplement, une rupture totale avec le modèle français d'élevage familial, une atteinte à la dignité de l’animal ainsi que de nombreux soupçons de maladies et de qualité déficiente du lait, sans parler de la problématique de la traçabilité.

Humainement, tout d’abord, la ferme est basée sur un personnel minimal sous-formé et remplacé par une robotique dernier cri. Un tel élevage revient à éliminer 20 fermes de 50 vaches qui maintiennent l'activité économique et sociale de 20 villages tout en entretenant les paysages.

Pour ce qui est des bêtes exploitées, le problème majeur est le mode de fonctionnement hyper intensif de la ferme avec une réclusion des vaches laitières 365 jours par an sans qu’elles ne puissent voir un brin d'herbe… une aberration en termes de bien-être animal !
Le risque d’épidémie chez ces bêtes est, de plus, très présent et le taux de mortalité y semble particulièrement inquiétant.

En terme de constat écologique, enfin, le bilan carbone des transports de nourriture et d'effluents est gigantesque tout comme est pointé du doigt l'usage, en partie, de soja importé pour l'alimentation, et qui dit soja importé, dit OGM.

Traçabilité déficiente : le lait des mille vaches probablement dans vos céréales du matin

Face à ces tristes données, la plus grande problématique qui nous concerne est la traçabilité de ce lait, arrivé en Belgique avec la bienveillance de nos autorités compétentes.

Dans notre pays, il faut le dire, certaines marques proposent un lait équitable et d’autres exploitations  font un réel effort sur la traçabilité de leurs produits et cela dès la ferme.
Mais cette situation est hélas exceptionnelle.
En général, sur les 30 000 litres de lait que collecte un camion, 2 000 litres proviennent d’une exploitation, 5 000 d’une autre, et ainsi de suite, jusqu’à ce que la citerne roulante soit remplie.
Peu importe quelles sont les différences de production en fonction des fermes collectées.

Et puis, cela s’empire encore, parce que tout ce lait collecté est joyeusement mélangé avant d’être traité, conditionné et envoyé aux diverses entreprises de distribution.
Et, dans ce cas, les étiquettes en disent évidemment très peu sur la provenance du produit.

In fine, à moins d’avoir accès à une réelle traçabilité, nous buvons tous un mélange de plusieurs laits, produit dans des petites comme dans de très grandes exploitations, en Belgique ou même ailleurs en Europe….
Et donc, la probabilité est loin d’être nulle d’avoir, dans notre bouteille ou nos tetrapacks, une partie de ce lait français de la honte !

Alors que faire ? 

Face à ce nouveau coup de force éthique qui joue joyeusement avec les tolérances de nos administrations, il y a lieu de faire naître en Belgique un véritable mouvement citoyen afin, comme en France, de mettre une telle pression sur les distributeurs belges qu’eux aussi finissent par se désolidariser de la production de la ferme des Mille Vaches.
Et cela ça commence par refuser d’acheter un produit dont la traçabilité n’est pas garantie ainsi que de faire pression sur la grande distribution en ce sens.
Et quoi de mieux que d'acheter des laits bio garantis venant de Belgique (Fairebel, etc...), ou encore mieux, d'acheter en circuit court, direct !
Rappelez-vous, comme le dit la devise de l’émission « Bientôt à Table » de la RTBF, « acheter, c’est voter, manger, c’est voter ».

Ensuite, il faut interpeller nos politiques pour qu’eux aussi soient sensibilisés à la question.
Il faut aussi titiller l’AFSCA, pour que celle-ci multiplie ses contrôles sur le secteur incriminé plutôt que de s’en prendre aux petites exploitations fermières au lait cru.

Et puis, il reste aussi un moyen d’expression qui est la pétition. Celle-ci existe, vous pouvez y souscrire avec le lien suivant : https://lapetition.be/en-ligne/Non-au-lait-de-la-honte-des-Mille-Vaches-en-Belgique-15778.html

Alors, vous aussi, buvez du lait, mais du « bon » lait !